C’est pas moi qui le dit, mais le très sérieux journal Le Monde qui consacre un article entier au Champagne Rosé en général et au nouveau Bollinger Rosé en particulier. Vous pouvez retrouver l’article en suivant ce lien, sinon le voici reproduit ici :

Le champagne n’échappe pas à l’engouement général pour le rosé. A l’export, mais aussi en France, malgré le strict encadrement de la publicité rappelé récemment par un arrêt de la 13e chambre correctionnelle de la cour d’appel de Paris. Accusé et condamné : Moët & Chandon, au motif que sa campagne publicitaire « La nuit est rose » sortait du cadre des « mentions autorisées » par la loi, ayant « pour effet de créer une association d’idées entre la consommation de ce champagne rosé et le fait de voir la vie en rose, ce qui dans le langage commun signifie avoir une approche euphorique de la vie ».

Le champagne rosé représente aujourd’hui près de 6 % de la production champenoise (23 millions de cols sur 388 millions produits en 2007). Il est obtenu principalement par adjonction de 5 % à 10 % de vin rouge tranquille (vin avant fermentation) au moment de l’assemblage, car le champagne est la seule appellation en France où un rosé peut être obtenu par un mélange de rouge et de blanc. Il peut aussi résulter de la macération des jus clairs sur les peaux de raisin de vin rouge de l’appellation.

La plupart des maisons de champagne (au nombre de 284) ont depuis longtemps dans leur gamme un rosé que l’on appelait autrefois « champagne rose ». C’est ce champagne rose qui est servi, relate Pierre Loti, lors de la consécration du temple d’Afareahitu à Tahiti par la reine Pomaré. Mais, dans la première moitié du siècle dernier, il disparaît pratiquement. Rares sont les maisons de champagne, comme Billecart Salmon, qui, depuis pratiquement sept générations (1818), en ont conservé les secrets de fabrication.

Autre maison familiale, Bollinger ne consacre qu’exceptionnellement une cuvée de prestige au rosé. Ce n’est ni dans les usages ni dans l’esprit de cette marque rigoureuse et parfois un peu austère. Avec la mise sur le marché du Bollinger rosé (60 euros environ), le pas vient d’être franchi. L’affaire se préparait depuis dix ans, laps de temps nécessaire à la définition d’un « goût » Bollinger susceptible d’un certain vieillissement, bien qu’il s’agisse d’une cuvée non millésimée. C’est un vin d’assemblage, de 60 % de pinot noir, de 25 % de chardonnay et de 15 % de pinot meunier issus des terroirs d’Ay, Verzenay, Louvois, Mesnil-sur-Oger et Cuis.

Le vin rouge (environ 5 %) qui entre dans cet assemblage est issu des terroirs d’Ay et de Verzenay. S’agit-il du pinot noir issu de la parcelle de 80 ares sur la commune d’Ay qui est depuis longtemps réservée à la production d’un vin rouge d’avant le champagne ? Celui servit à la cour du Roi-Soleil, la fameuse côte-aux-enfants, dont Bollinger ne produit guère, les bonnes années, que 5 000 bouteilles. Une partie, dit-on, entrerait dans cette nouvelle cuvée. Au nez, cette bouteille offre de fins arômes de fruits rouges bien mûrs et la promesse d’une bouche vineuse. Elle présente une réelle finesse et un bon équilibre. Son dosage, ultime manipulation destinée à compléter le niveau de chaque bouteille après le dégorgement, n’excède pas 10 grammes.

C’est donc bien un brut sans année d’une élégante couleur saumon, dans l’assemblage duquel, outre les rouges, entrent des vins d’années différentes, appelés en Champagne « vins de réserve », autre spécificité de l’appellation destinée à compenser les années déficientes et surtout à garantir le style de la maison.

C’est de cette capacité à assembler des vins de réserve, d’années différentes et bien situés dans l’échelle des crus (système de classement qualitatif des communes), que dépend la qualité des champagnes rosés non millésimés des grandes maisons. Les vignerons (récoltants expéditeurs), même s’ils réalisent de bonnes cuvées, n’ont que rarement la même régularité. La méthode employée (assemblage ou saignée) est un autre critère de choix pour le consommateur.

On appréciera la fraîcheur du brut rosé de Billecart Salmon parce qu’il provient d’un assemblage de chardonnay, pinot noir et pinot meunier vinifiés en blanc et de pinot noir vinifié en rouge. Une méthode mixte qui assure une attaque en bouche très fine et une certaine longueur. Le brut rosé 1re cuvée de Bruno Paillard est un vin de première presse, délicat, aux arômes dominants de fruits rouges. Laurent-Perrier présente une cuvée rosé brut, aux fines nuances de fruits rouges également.

Demoiselle, marque créée par Paul François Vranken, qui se veut un champagne résolument féminin, présente aussi un brut rosé d’assemblage, vif et frais. Toutes ces bouteilles, où dominent les notes de fruits rouges, peuvent être accompagnées des fameux biscuits roses de Reims, selon la recette de la Maison Fossier (1756), mais on les appréciera aussi bien avec les plats méditerranéens aux notes parfumées et les préparations délicatement épicées de la cuisine asiatique.

Jean-Claude Ribaut