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Hugues Godmé, aux portes de l’invisible

par | 6 Avr 2020 | 0 commentaires

Haut comme trois pommes, Hugues Godmé adorait déjà regarder les petites pousses de vignes qui sortaient des caisses de greffage de ses grands-parents. Quelques années plus tard, le jeune garçon observe avec un vif intérêt les ouvriers du village venus installer un filtre à charbon sur l’unité d’eau potable de la commune pour filtrer les pesticides. Ces souvenirs d’enfance auraient-ils contribué à écrire le destin d’Hugues Godmé, un des vignerons les plus marquants de sa génération ? Rencontre…

 

Plus de Bulles : La biodynamie, une évidence ?

Hugues Godmé : Je dirais que oui. J’ai toujours été un fervent défenseur du Naturel…peut-être parce que j’ai très tôt développé une hypersensibilité sensorielle. Au-delà de ça, je crois que la biodynamie, c’est surtout une histoire de convictions personnelles jalonnées de rencontres déterminantes. Je garderai toujours en mémoire mon échange avec le grand Marcel Deiss que j’ai eu la chance de rencontrer en 2003 à Bergheim en Alsace.

Une de ses phrases résonne toujours dans mon esprit : « chaque pierre, chaque cep, chaque être vivant possède son propre arrière-plan, où nous sommes tous reliés à un cosmos intérieur et extérieur, où le visible n’est que l’écume des choses… Voilà notre biodynamie : préférer toujours la question à la réponse, la quête à la certitude, la sensation et l’envie aux préceptes des gourous, ne pas réfréner le souci de labourer ce matin telle parcelle ou la nécessité absolue de goûter telle cuve à la cave au réveil […] ».

Après cette rencontre, je suis parti voir une documentaliste pour obtenir des parutions sur la biodynamie ! Il me fallait comprendre. S’en est suivi des formations, d’autres rencontres et mes premiers essais avec des tisanes de plantes. Le chemin a été long mais cela en valait la peine. Je travaille en biodynamie depuis 2006 et mes vins sont certifiés en viticulture biologique depuis la vendange 2013. Pour moi, la biodynamie est la plus belle réponse face à des vignes stressées, à des vins lourds qui manquent cruellement de vibrations, de relief et de personnalité.

PDB : Votre philosophie ?

HG : « Le respect du vivant invisible ». Tout est énergie, tout vibre, tout vit. Nous sommes énergies, les vins aussi. Cette dimension métaphysique et sacrée du vin est essentielle dans mon métier.

 

PDB : Lucille, votre fille, vous a rejoint sur le Domaine. Un jour elle le dirigera à son tour. Espérez-vous qu’elle suive vos pas ?

HG : Au quotidien, j’essaie de lui faire comprendre tout le sens de mon travail. A elle ensuite de faire son propre chemin. Je crois qu’il faut savoir s’effacer et respecter. Ne nous mentons pas, si un jour elle ne souhaitait plus être en biodynamie, j’aurais un sentiment d’échec, oui.

 

PDB : Selon vous, qu’est-ce qu’un bon Champagne ?

HG : C’est celui qui conjugue à merveille savoir-faire et émotions. C’est la rencontre d’un vin, d’une personne et d’une sensibilité. Un jour, un touriste japonais m’a dit « M. Godmé, vos vins me font sourire ». Une autre fois, une Française, une amatrice pourtant habituée à déguster, s’est mise à pleurer. Ce sont des moments forts dans la vie d’un vigneron qui ne s’oublient pas.

PDB : Qu’est ce qui fait la spécificité de votre Domaine et de vos vins ?

HG : Chaque Domaine a sa personnalité et doit transpirer l’état d’esprit du vigneron. Dans mon cas, ma singularité réside dans le fait d’oser et d’être curieux pour produire le plus naturellement possible. Je suis peut-être un brin avant-gardiste. J’aime voir mes vignes épanouies. Elles me le rendent bien en m’offrant de beaux fruits. Cela me permet d’élaborer des vins novateurs et minimalistes. Je n’ai jamais attendu qu’on impose aux vignerons de devoir faire autrement pour commencer à faire autrement.

 

PDB : Sur votre site web, vous citez Hemingway : « le vin est ce qu’il y a de plus civilisé au monde », quel message souhaitez-vous faire passer ?

HG : Le vin a toujours été un pilier de nos civilisations. Il a notamment été utilisé pour les rites religieux, le commerce ou comme monnaie d’échange. A la fin du XVIIème siècle, il se détache de son statut de nécessité pour épouser celui d’expérience gustative. Aujourd’hui plus que jamais, le Champagne est un vin de partage qui relie les hommes et connecte les esprits. Oui le vin humanise… l’auteur Bruno Quenioux en parle d’ailleurs fort bien : « l’eau répond à la soif du corps, le vin à la soif de l’âme » !

 

PDB : Si « L’instant Champagne Hugues Godmé » existait, quel serait le meilleur moment et le meilleur endroit pour déguster vos vins ?

HG : En fin de matinée, à partir de 11h00, après une dure semaine de labeur. Des vins, des copains, un endroit sympa pour profiter simplement tous ensemble. Le côté luxe est entretenu par les grandes Maisons et c’est très bien. Ma position est différente. Pour moi, le Champagne est une vibration, une énergie qui doit être partagée en toute simplicité. Quand je pars en Bretagne rejoindre des amis, j’associe volontiers une de mes Cuvées à des filets de maquereaux. Quand les gens viennent à ma rencontre, j’aime aussi leur rappeler que le Champagne peut s’inviter à leur table tout au long du repas.

 

PDB : Le contexte économique actuel de la Champagne est assez peu favorable engendrant entre autres de nouveaux modes de consommation, quel constat dressez-vous ?

HG : C’est vrai que depuis 10 ans, il est de plus en plus compliqué de vendre du Champagne. Les amateurs sont plus volatils et curieux. Avant, ils venaient se fournir exclusivement chez leur vigneron attitré. Aujourd’hui, ils s’informent, comparent, dégustent et cherchent à diversifier leur cave avec les vins de Champagne qui les auront le plus marqués. Personnellement, je reste quand même assez serein. Mon objectif aujourd’hui est de valoriser mes Champagnes et de faire plaisir à mes connaisseurs. Ils savent pourquoi ils viennent sur le Domaine. La Champagne s’enorgueillit souvent d’être le Roi des Vins, mais si on veut qu’il le reste, on doit pouvoir se donner les moyens de ses ambitions : laissons les terroirs s’exprimer, laissons les cépages être présents et les vignes raconter leur histoire le plus naturellement possible.

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