3 bonnes raisons pour ne plus voir la bouteille de la même façon

par | Juin 28, 2021 | Actu, Reportage | 0 commentaires

« Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ? » Grand bien te fasse, Alfred ! A ton époque, peut-être… mais dans la nôtre, Plus de Bulles te met au défi d’aller scander ton alexandrin sous les fenêtres des Wine Lovers du monde entier. Car à la rédaction, nous sommes convaincus d’une chose. En trois siècles seulement, la bouteille a permis au vin d’être transporté, de s’exporter, de mesurer, d’être protégé, de se bonifier. Plein feu sur cet outil de l’ombre qui contribue à la reconnaissance du vin comme patrimoine de la culture française.

#1 – La bouteille, trois siècles d’histoire

Crédit photo : www.gourmetsandco.com

Si à l’époque romaine, un des premiers rôles de la bouteille fût de transporter le vin du tonneau jusqu’à la table, il faudra attendre l’invention des fours à charbon par les Anglais au XVIIIème siècle pour que la fabrication de bouteilless en verre prenne une dimension commerciale nouvelle. Depuis, le marketing est apparu et a doté ce contenant d’un pouvoir redoutable : celui d’influencer l’acte d’achat.

Qui aujourd’hui ne s’est d’ailleurs jamais dit « pas mal cette bouteille » en laissant son regard et ses doigts parcourir les courbes du précieux flacon? Même si nous ne le conscientisons pas toujours, la bouteille est le premier point de contact entre l’Amateur et le vin. Entre elle et lui, tout se joue souvent dès les premiers instants. Et ça, les acteurs de la filère, le Négoce comme les Vignerons et les Coopérateurs, l’ont bien compris. Pour se démarquer de la concurrence et capter l’attention des consommateurs, certains n’hésitent plus à sortir des sentiers battus. Désormais, des flacons spéciaux et des créations haute couture, qui mêlent la rareté à l’exclusivité, s’affichent fièrement aux côtés de la traditionnelle Champenoise.

Parcourez les sites de vignerons, lisez la presse spécialisée et vous constaterez que les Cuvées de Prestige ou encore les éditions limitées sont très fréquemment mises à l’honneur à travers des flacons singuliers. Le Syndicat Général des Vignerons ne propose par exemple pas moins d’une dizaine de bouteilles atypiques¹ à ses adhérents. Quant à elles, certaines Maisons iconiques ont carrément développé leurs propres modèles, des formats exclusifs, uniques, et bien sûr très onéreux. C’est le cas de Ruinart, Krug ou encore Perrier Jouët dont les formes de bouteille, même dénuées de leurs habillages légendaires, se sont imprimées dans nos inconscients collectifs. Les moules, dont les procédés et les coûts de fabrication sont précieusement gardés, sont élaborés par des fabricants spécialisés à l’instar du groupe Verallia à Oiry, mondialement connu pour fabriquer les bouteilles de la marque Dom Pérignon.

En segmentant leur gamme avec des contenants traditionnels et clivants, les acteurs champenois ont su développer une stratégie gagnante, à mi-chemin entre le luxe inclusif et exclusif, capable de sied aux envies de chacun.

Pour autant, ne vous y trompez pas, la Champenoise continue de faire de la résistance. En Champagne, elle reste même la bouteille majoritairement utilisée. Assurément pour des raisons de compétitivité car les chaînes de production sont historiquement standardisées sur ce format. Certaines grandes Maisons telles que Veuve Clicquot, Moët et Chandon ou encore G.H Mumm, ont donc conservé cette muse indétrônable pour leurs BSA; BSA qui représente à lui seul 78,5% des expéditions en volume à travers le monde (hors France) selon le dernier bulletin des expéditions du Comité Champagne.

#2 – La bouteille, un marqueur de terroir

Au delà du simple atout marketing, le choix de la bouteille dépend également d’une motivation oenologique profonde : celle de vouloir retranscrire le terroir dans sa plus pure expression. La Maison Drappier a par exemple designé sa propre bouteille car elle ne pouvait imaginer que l’écrin qui accueille ses vins ne soit pas le reflet exact des efforts accomplis du vignoble, en cave et au chai.La teinte du verre choisi permet de filtrer les rayons UV et d’éviter le goût de lumière. La finesse du col (-17% par rapport à une bouteille standard) permet de minimiser le contact avec l’oxygène. L’épaule de la bouteille, à l’arrondi plus prononcé, va permettre au dépôt de levures mortes de glisser plus facilement lors du remuage. En résultera un vin plus limpide. Pour garantir l’origine et l’authenticité de la production, la mention CHAMPAGNE DRAPPIER a même été moulée dans le fond de la bouteille.

#3 – La bouteille se met au vert

La fabrication de bouteilles de Champagne, qui se fait par soufflage mécanique dans des usines de pointe, est une industrie polluante. Sa production nécessite des fours géants chauffés à 1,600 degrés de jour comme de nuit qui rejettent des émanations de fuel et de gaz². Le verre, même s’il est recyclable à l’infini, met plus d’un million d’années à se décomposer dans l’environnement et le verre coloré ne peut être recyclé et fondu qu’avec des couleurs similaires. Par ailleurs, pour des raisons de sécurité, la consigne des bouteilles de Champagne, pourtant moins couteuse et énergivore que le recyclage, est interdite depuis 2015.

Consciente de ces enjeux et de ces contraintes, la filière a été la première région viticole au monde à conduire un bilan carbone en 2003 et oeuvre depuis activement à la réduction de son empreinte carbone.

« Entre 2003 et 2018, l’empreinte carbone d’une bouteille de Champagne a baissé de 20% »

2010 a vu émerger un nouveau standard de bouteille. En passant de 900gr à 835gr (et même à 830gr pour la Masion G.H Mumm), l’empreinte carbone a ainsi pu être réduite de 8 000 tonnes de CO2/an, l’équivalent de l’émission actuelle de 4 000 voitures. En parallèle, des actions sont également menées sur d’autres plans : les pratiques culturales ont été adaptées, des solutions ont été trouvées pour traiter les effluents viticoles, des investissements ont été fait en R&D mais également dans les domaines de l’économie circulaire et de la bioéconomie. Grâce à l’ensemble de ces actions, l’AOC espère atteindre son prochain objectif : « -75% d’émissions carbone d’ici 2050 ».

Notre reco à la rédac’

Une fois les vin dégusté, sachez que votre bouteille n’est pas forcément obligée de terminer son existence dans la benne à verre du quartier. Elle peut être exposée fièrement sur un meuble ou être détournée en objet design grâce aux nombreux tutos « Do It Yourself » que l’on trouve sur Pinterst. En Champagne, des créateurs inspirés ont par exemple eu l’idée de transformer des bouteilles en bougie. #cecinestpasunebouteillealamer smile. Santé !

Sources :

. Comité Champagne

. https://avis-vin.lefigaro.fr/connaitre-deguster/o28482-la-bouteille-de-vin-trois-siecles-de-bons-et-loyaux-services

[1] https://www.csgv.com/telechargements/champagne-emballage/plaquette2019/#sonate

[2] Ces gaz sont récupérés et traités dans des chambres de régénération