Le-point-special-ChampagneJe l’avais pourtant guetté ce fameux numéro. Mais j’ai tout de même réussi à passer à côté. Comme chaque mois de décembre, j’attendais le dossier Champagne du Point signé Jacques Dupont avec une certaine impatience et surtout une grande curiosité. Ne le voyant pas dans les kiosques j’avais fini par me dire que ce serait une année sans… Mais en tombant sur un article du blog de Francis Boulard parlant des notes obtenues par ses cuvées dans ce fameux dossier, j’ai bien compris que j’avais loupé un épisode. Direction le site du Point, et sa page dédiée à l’édition électronique de l’hebdomadaire. En deux clics de souris et un numéro de CB, j’avais acheté, 3 semaines après sa sortie, la fameuse édition (du 3 décembre). A ma décharge, il faut dire que le dossier était bien mentionné en une du journal mais de façon relativement discrète. Enfin bref, j’ai pu me plonger dans les articles de Jacques Dupont et dans sa sélection.

Préparez Noël… 2010

Jacques-DupontAprès un article d’ouverture résumant parfaitement la crise que traverse le Champagne en ce moment, Jacques Dupont se penche sur les Champagnes de garde. Un sujet trop rarement abordée et qui mérite que l’on y arrête quelques secondes. Lorsque j’avais interviewé (ici et ) le journaliste pour la sortie de son livre, il m’avait déjà confié un adage que j’ai depuis fait mien : «Il faut acheter cette année les Champagnes que vous boirez l’année prochaine». Cette année encore, Jacques Dupont explique que «les champagnes sont vendus à une date trop proche de leur dosage, c’est-à-dire de leur mise en bouteille définitive. La liqueur de dosage que l’on ajoute pour remplacer le volume de dépôt que l’on a retiré de la bouteille n’a pas encore eu le temps de s’intégrer au vin. Trois mois, six mois, c’est trop court. Une année ou deux, si vous tenez le coup, c’est beaucoup mieux…». Le journaliste passe ensuite en revue quelques flacons millésimés qui sont à leur apogée. On trouve notamment le Charles Heidsieck 1989, le Salon 1988, le Diebolt-Vallois 1976 ou le Pol Roger 1921 «un monument historique». Une page pour faire rêver car ces cuvées sont introuvables aujourd’hui, sauf à quelques rares exceptions comme chez Jacquesson, Charles Heidsieck, ou bien encore Veuve Clicquot qui a ouvert sa Cave Privée pour fêter le départ à la retraite de son Chef de cave Jacques Péters (j’en parle ici). Cette partie journalistique est conclue avec un glossaire, toujours utile pour donner du sens aux termes techniques du Champagne qui ne sont pas toujours limpides pour le béotien.

Deutz et les autres

Amour-de-DeutzOn arrive ensuite au cœur du dossier : la partie dégustation. Divisée en deux parties, elle aborde tout d’abord les grandes maisons avant de mettre un coup de projecteur sur les Champagnes de vignerons. Parmi les maisons distinguées, on trouve Billecart-Salmon avec sa cuvée Nicolas-François Billecart 2000 (17/20) et la cuvée Elisabeth Salmon rosé 2000 (16,5). Un beau tir groupé même si il faut noter l’absence des cuvées non millésimées de la maison. Bollinger est évidemment de la partie, avec trois cuvées : La Grande Année Rosé 2002 (18), le Special Cuvée (17,5) et La Grande Année 2000 (16,5). Une belle représentation qui met, si besoin en était, de nouveau en exergue les extraordinaires qualités de cette maison. L’écurie Deutz est, elle, quasiment au grand complet avec pas moins de 7 cuvées citées et des notes allant de 17 (Amour de Deutz 1999) à 15 (Blanc de Blancs 2004 et Brut Classic que je trouve pour ma part un peu trop vif). Suit Dom Pérignon avec seulement une cuvée, le Vintage 2000 (17). Sans tomber dans l’énumération, on peu encore citer La Grande Cuvée Krug (17), le Grand Vintage 2003 Moët & Chandon (15/15,5 sur 20), la Belle Epoque 2002 Perrier-Jouët (16), le Grand Siècle Laurent-Perrier (18), le René Lalou 1998 de Mumm (17,5/18), la maison Charles Heidsieck qui place 5 cuvées avec des notes allant de 17,5 (Blanc des Millénaires 1995) à 16 (Brut Réserve), la maison Louis Roederer avec ses millésimes (dont Cristal 2002 : 17,5), la maison Pol Roger et 5 cuvées (dont la cuvée Churchill 1998, ma préférée, notée 18) ou encore Taittinger avec le Comte de Champagne 1999 (17,5/18) et le Brut Réserve (16,5), celui-là même qui avait été noté 11,5/20 par 60 millions de consommateurs, ce qui ne fait que renforcer ce que je disais dans le post consacré aux classements des deux magasines de consommateurs.

Guide du Champagne, comment ça marche ?

le-pointAvant d’attaquer la partie consacrée aux Champagnes de vignerons, je voulais m’arrêter une seconde sur ce classement et sur sa méthodologie. Car sauf erreur de ma part, on ne sait pas comment Jacques Dupont a fait sa sélection. A la vue des notes j’imagine que seules les cuvées ayant une note supérieure ou égale à 15 (ou 14,5/15, des demies notes qui ne simplifient d’ailleurs pas la lecture de ce dossier très dense) ont eu le droit de citer dans ce dossier. Mais est-ce que cela veut dire que Jacques Dupont a dégusté toutes les cuvées des maisons, et donc que le Dom Pérignon Rosé 1998, les Vieilles Vignes Françaises Bollinger ou le Clos St Hilaire Billecart-Salmon ont obtenu une note inférieure à 15. Ou que ces cuvées de grand prestige ont été écartées à cause de leur prix stratosphérique. Même question pour le Brut Premier Roederer, le Brut Impérial Moët & Chandon, le R de Ruinart ou encore le Black Label Lanson, dont le prix ne peut expliquer leur absence. Ces cuvées qui représentent généralement 80 à 90% de la production de la maison (et donc des ventes) ont-elles été dégustée et ont-elles obtenu une note éliminatoire (inférieure 15 ?). Un éclaircissement serait le bienvenu.

De Sousa et Diebolt-Vallois

Du côté des Champagnes de vignerons, même constat au niveau des notes, et d’heureuses confirmations au niveau des producteurs présents sur Plus de Bulles. La maison De Sousa & Fils place ainsi deux cuvées dans le guide : la cuvée de Caudalies 2002 (17,5/18) et la Cuvée 3A (17). Ce n’est pas une grande surprise pour cette maison habituée aux récompenses, mais cela explique certainement en partie le succès de la Cuvée 3A qui est en rupture de stock. La maison Diebolt-Vallois, elle aussi une habituée des honneurs, reçoit un joli 17,5 pour la cuvée Fleur de Passion 2004 et un 16/16,5 pour la cuvée Prestige. Il faut noter que peu de vignerons obtiennent une note de 17 ou plus, on note notamment le très beau 19 de la cuvée Nicole Moncuit Vieilles Vignes 2002 de la maison Pierre Moncuit, l’Extrabrut 1996 de la maison René Geoffroy (18,5), ou le superbe tir groupé de la maison Raymond Boulard avec la cuvée Petraea (17,5/18), le Grand Cru Mailly Brut Nature (17/17,5) et Les Rachais Extra-brut (17).

Encore une fois un superbe dossier de Jacques Dupont, qui donne envie de se constituer une très belle cave… pour Noël prochain !