Les critiques du vin


Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur disait Beaumarchais dans le mariage de Figaro. Une devise que la presse généraliste et spécialisée ne semble pas avoir fait sienne. Il est bien rare, voir impossible de trouver une critique négative sur un vin ou un champagne dans la presse. Non pas que les journalistes et autres dégustateurs ne tombent pas de temps à autre sur des mauvais vins, mais l’usage dans le milieu veut que l’on ne parle que des cuvées que l’on aime et que l’on ignore superbement les autres. Les guides ne font pas autrement, et une cuvée en-dessous d’une certaine note (généralement 13/20) n’apparaît pas dans le guide. Après tout pourquoi pas, les dégustateurs-journalistes ne doivent-ils pas mettre en lumière les belles cuvées plutôt que s’attarder sur ce qui est moins réussi ? Mais on peut aussi s’interroger sur la transparence vis-à-vis du lecteur qui se demandera si la cuvée est absente du journal ou du guide parce qu’elle n’a pas été dégustée ou parce qu’elle n’a pas satisfait aux critères d’excellence du dégustateur, ce qui n’est pas du tout la même chose. Finalement ils aident leurs lecteurs à choisir les bons champagnes, mais pas à éviter les mauvais.


Info ou divertissement ?


Pour autant tout n’est pas à jeter dans le monde de la presse vinicole. Le meilleur exemple est Le Point dont les dossiers austères trahissent la rigueur avec laquelle ils ont été réalisés. Jacques Dupont, le journaliste à la tête de cette rubrique, mène des campagnes de dégustation qui le plongent au cœur d’un terroir pendant plusieurs semaines. Il goûte toutes les cuvées avec un professionnalisme qui force le respect. Autre signature de confiance : Michel Bettane qui signe dans L’Express des prises de position souvent passionnantes. Mais à contrario on va aussi trouver dans ce titre des pages « Spécial Champagne » qui s’approchent plus du publi-rédactionnel consacré aux bulles qu’à un véritable exercice critique et journalistique. Même chose du côté de la presse culinaire qui alterne le meilleur et le pire, avec des reportages passionnants dans les chais des grands noms du vin, et les pages Shopping. Reste enfin la presse spécialisée à l’instar de la Revue du Vin de France, du magazine Gault et Millau ou de la Revue Vignerons, qui consacrent de longues pages à ceux qui font le vin, mais se gardent bien de les juger.


Le double jeux des maisons de champagne


De leur côté les producteurs ne doivent pas êtres exempts de tout reproche, et les maisons de champagne encore moins que les autres. En entourant leurs cuvées d’une importante dimension marketing, en multipliant les coffrets, les partenariats avec des créateurs, des personnalités ou des peoples, elles déplacent le débat de la dégustation à la starification. Un jeu auquel les journalistes, consciemment ou non, se prêtent parfois trop volontiers. Enfin, il y a la publicité. On le sait sans la publicité, la plupart des titres de presse ne pourraient exister. Et parmi les annonceurs du monde du vin, le champagne se taille la part du lion. La bonne santé financière du vignoble le plus septentrional de France lui permet d’acheter, notamment au moment des fêtes, des dizaines de pages de pub dans les magazines. C’est pour cette même raison que les numéros « Spécial champagne » de fin d’année existent, plus que d’informer ou d'aider à choisir un champagne ils ont vocation à faire entrer des pages de pub et de l’argent. Difficile ensuite pour cette même presse de mordre la main qui la nourrit.

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